Mon petit-fils…

Je te souhaite un bel anniversaire. 20 ans, tu as déjà fait une grande expédition dans le ciel de ta vie. Et pourtant ! Si je te disais que le meilleur reste à découvrir, à vivre … Le meilleur, c’est aujourd’hui. Ce sera demain.

Chaque jour est différent, il se vit comme un moment unique, comme un voyage. Chaque jour est une étape de ta vie, c´est un nouveau voyage. D’ailleurs, dans un voyage comme dans la journée, le plus difficile, c’est bien le premier pas. Dur de se lever. Démarrer du bon pied. Allez, on y va. Partons à l’aventure. Relevons les défis. J’ai un jour relevé un défi…

J’avais ton âge, et un sac sur le dos… Je suis allé chercher ma vraie nature, à la rencontre des gens et de moi-même. A l´autre bout du monde… Seul, sans souci, je n’avais rien d’autre à proposer aux gens qui m’ont laissé dormir chez eux qu’un sourire, et mes mains pour travailler. J’ai voyagé en demandeur. On passe l’essentiel de sa vie à faire ce que les gens nous demandent, à compter ses sous et le temps qui passe, mais moi je ne voulais rien de tout ça. Je n’avais rien, rien d’autre à donner que ce que j’étais. On dirait que dans la vie les gens ne font que se croiser, je voulais les rencontrer.

Une rencontre qui peut changer une vie ne tient à rien, au départ. Les rencontres sont nécessaires pour savoir ce que l’on est. Elles sourient à la vie comme une mère à son enfant. Mais rencontrer, c’est savoir aussi être seul, face à soi-même. Tu te révèles dans chaque rencontre que tu fais.

Pour te rendre compte de tout ça, pour te rendre aussi compte des gens que tu aimes et qui t’aiment, tu dois aller loin. Les choses les plus simples sont aussi les plus difficiles à trouver. C’est là que tu fais le premier pas. Tu trouveras ce qu’il y a de plus simple en toi en marchant sur le chemin de la vie.

Sans clé, sans carte et sans code, plus rien ne te retient. Pas même ton cœur qui est grand ouvert, qui ne se nourrit que des rencontres que tu fais. Tu as tant de choses à leur donner, et ils ont tant te donner.

Ta grand-mère a nourri mon cœur pendant mon voyage. Loin de 17 000 kilomètres, elle m’a fait confiance, m’a donné cette liberté. En quelque sorte, on a fait le voyage ensemble ! Dès le premier jour en Australie, je la sens dans mon cœur, oui elle me suit bien.

Aussitôt arrivé sur le sol de l’ « île d’en bas », j’appelle mon seul et unique contact par téléphone. Dans cinq minutes, le train va m’emmener vers la ferme qui va m’accueillir. Pas une minute à perdre. Ton grand père est un fonceur… Ne perdons pas de temps !

Pendant mes 50 premiers jours, je resterai près de la côte, proche de la civilisation. Je voyage de ferme en ferme, apprends le travail, rencontre des familles entières avec lesquelles je partage le quotidien. Je trouve des voyageurs aussi qui cherchent ou trouvent leur chemin.

Les gens je ne les croise pas, je les rencontre, je reste avec eux. J’ai besoin de ça. Au bout d’un moment, tu as besoin de ça. Tu as besoin des gens pour t’aider, pour vivre. Tu ne peux pas faire sans eux, à moins que tu sois un vrai solitaire! Déjà que tu es seul, tu ressens le besoin de partager. Rappelle-toi de ceci …

« Lorsque tu voyages, tu fais une expérience très pratique de l’acte de renaissance. Tu te trouves devant des situations complètement nouvelles, le jour passe plus lentement et, la plupart du temps, tu ne comprends pas la langue que parlent les gens. Exactement comme un enfant qui vient de sortir du ventre de sa mère.

Dans ces conditions, tu te mets à accorder beaucoup plus d’importance à ce qui t’entoure parce que ta survie en dépend. Tu deviens plus accessible aux gens car ils pourront t’aider dans des situations difficiles. Et tu reçois la moindre faveur des Dieux avec une grande allégresse, comme s’il s’agissait d’un épisode dont on doit se souvenir sa vie restante. »

Tu me suis toujours ? De ferme en ferme, je prends l’habitude de me sentir léger comme un ballon, je parcours un coin du pays. Je prends conscience qu’il y a toujours un moment où il faut partir. Alors, je m’approche d’une nouvelle ferme. Ca fait bizarre, mais tu dois l’accepter. Te sentir aller ailleurs, avoir envie de t’envoler, ne pas retourner sur tes pas mais aller flirter avec l’inconnu, le désert.

Le désert. Terre aride aux couleurs saturées. Terre vide qui t’appartient. Ou toi qui appartiens au désert. Une route rectiligne fait une artère dans le paysage. Et l’horizon, si loin, trace la perpendiculaire… Le désert est le seul endroit où l’on ressent un vertige… à l’horizontale.

Mais pourquoi le désert, le vide, alors que les rencontres sont si belles ? Parce que la rencontre avec le désert est unique. Le pied que tu poses sur cette terre rouge veut l’adopter. Il t’adoptera. Aller dans un désert de gens te donne encore plus envie de rencontrer, de partager. Ta vie en dépend tellement. Les touaregs du désert australien ont des chapeaux de cow-boys vissés sur la tête, un air un peu austère. Mais ils m’ont accueilli, moi, étranger.

Pendant les 50 jours qui suivront, je resterai avec eux, dans leur monde. L’immersion est totale, la première rencontre est unique. Elle te prend comme un électrochoc. M’adapter à leur style de vie devient obligatoire. J’apprends petit à petit à travailler le bois, le fer, puis avec les bêtes, j’apprends aussi à monter à cheval.

Ces gens m’apprennent leur travail, ils me donnent des conseils. Bien que pas très loquaces, le peu de pots qu’ils m’offrent est vécu comme un véritable moment d’humanité, dans ce désert que même les bêtes ont du mal à adopter. Ils ont quelque chose en eux qui les attache à leur terre, ils ne troqueraient jamais ce paradis infernal fait de poussière contre un enfer de pacifique, ou pire, une bulle citadine. Ces gens me font penser aux Afars que j’avais rencontrés en Afrique. Ils font penser aussi à des fous, qui voudraient montrer au monde entier que l’on peut vivre  n’importe où sur Terre, quelques soient les contraintes, mais peu importe.

Rencontre unique. Monde à part. Surprenant. Le monde est rempli de secrets, il cache des choses surprenantes. Même si le mode de vie est différent, ma façon de voyager reste la même, je vis de ce que me donnent les gens. Les gens me nourrissent d’espoir, d’envie de vivre, de défier l’inconnu. J’aime ces instants où tu sens ton cœur retentir comme un caisson de basses. Les basses, le grave, le vrombissement d’un moteur d’hélicoptère, les beuglements inespérés de ce troupeau coincé dans le yard pour un jour ou deux avant de revenir sur des terres libres.

Je me nourris de ces instants. Et sans savoir pourquoi, mon cœur bat toujours pour elle. Je l’entends qui frappe à la porte de mon cœur, et il l’accueille. Cette grande image que j’ai dans les yeux, et même encore maintenant,me rend libre de decouvrir toute la beauté du monde.

A ce moment là, je le sais, nous repartirons, mais cette fois ci,  nous repartirons tous les deux, ensemble. Et nous reviendrons plus épanouis. Nous partirons. Pas forcément loin, mais on ira sans clé, sans carte et sans code, frapper à la porte de l’habitant, marcher et relier nos chemins. Partager, enfin.

Un chemin qui se dessine à l’horizon. Un peu cabossé de temps en temps, il vaut la peine d’être parcouru. Admire le paysage, pose-toi de temps en temps sur le bord du chemin. Prend même le temps de sortir du chemin, pour voir aux alentours. Quel plaisir de faire le chemin à deux, après une ère de solitude. Les destinations se ressemblent. Il n’y a que la route, le chemin qui importe. Et à deux c’est mieux.

Chaque jour est une étape de ta vie, chaque jour que tu vis est un nouveau voyage. Tu fera des voyages, mais c est surtout le voyage qui te fera. Tu te remettras toujours en question, mais tu iras aussi de l’avant. Avance tant que tu peux. Vas y avec l’amour et l’humour.

L’humour,  l’amour sont nos trésors. Allez, bon vent !

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